Mardi 18 décembre 2007

   Jusqu’à présent mes venues à Taizé (voir les articles précédents) ont été synonymes de fête. Cette fois au contraire je viens le cœur en déroute et l’esprit plein d’angoisse.

   A Cordoba, au Mexique, où je suis prêtre depuis 3 ans, je suis tombé follement amoureux d’une jeune femme de la paroisse, Marta. Déstabilisé en profondeur, incapable de faire face, j’ai fui. Avec l’assentiment de frère Roger je viens chercher ici éloignement, calme, sérénité. Pour comprendre, pour évaluer, pour décider.

C’est ce qui devrait se faire : les conditions sont là.

Ce n’est pas ce qui se produit.

 

   J’arrive à l’entrée de la Semaine Sainte. Les offices de la Passion et de la mort du Christ insistent sur la souffrance rédemptrice, le don de soi total, l’acceptation de la volonté du Père jusqu’à l’extrême. . . Avant de m’en rendre compte, je suis déjà criblé de ces flèches. Brutalement je me sens face à un Dieu qui me crie « Tu prétends réfléchir ? Il n’y a RIEN à réfléchir, RIEN à décider car tout est DEJA décidé : Je t’ai mis sur une voie parfaitement tracée. Tu DOIS la suivre ! »

   Je ressens terreur et horreur. . .

   Il y a 14 ans j’ai rencontré Dieu-Amour. Je Le chéris depuis, et m’en sens chéri. Et le voilà soudain en tyran implacable ! Il impose sa volonté, absolument, bloc écrasant où rien n’est à discuter. De toute façon, Il a raison et j’ai tort. Je n’ai qu’à obéir, c’est tout.

   Je me sens broyé.

   Dans le spontané de ma relation à lui, je crie la rage qui bout en moi « Salaud ! Tu m’écrases parce que Tu es plus fort ! » Une effroyable mêlée entrechoque en moi des mouvements brûlants, corrosifs. Je m’y sens d’autant plus perdu que je n’oublie pas ce que j’ai vécu de Lui « Je SAIS que Tu es Amour. Mais je ne le SENS plus, je ne le COMPRENDS même plus ! Aide-moi ! ! ! »

   Je me débats sans résultat dans une eau où je me noie, inexorablement.

 

   Après des jours de lutte je finis par admettre la seule issue qui semble m’être laissée : renoncer à toute prétention d’un avenir avec Marta. C’est l’arrachement ultra-douloureux d’une partie vivante de moi-même. . .

   Toujours en dialogue intérieur avec Dieu, je m’exclame « Comment n’as-Tu pas été fichu de bâtir un monde où la souffrance ne soit pas nécessaire pour progresser ? » Et aussi « Je ne parviens à accepter ce renoncement que parce que TU le demandes. Toi seul peux Te permettre une telle exigence, personne d’autre ; ni le Pape, ni l’Eglise, rien ni personne n’a ce droit sur un être humain : c’est trop ! ! »

   Ici surgit une conviction de fer, d’acier trempé dans la souffrance : AUCUN homme n’a le droit d’imposer à un autre ce que doit être sa vie. Je sais très bien que la raison d’Etat, d’Eglise, d’entreprise ou de n’importe quelle organisation se le permet. Sans se poser de question. Mais je l’affirme : elles n’en ont PAS le droit ! !

   Faire passer ce seul cri me suffirait. . .

 

   Pendant ce temps je continue à animer un groupe, chaque semaine nouveau. Dans l’hypersensibilité du moment, les filles ainsi rencontrées me provoquent une attirance forte, mêlée d’autant d’angoisse. Vu ce qui vient de m’arriver et l’état de vie que je suis censé maintenir, je les perçois comme des sirènes : de délicieuses menaces.

   Un jour vient à moi une allemande du groupe, me tendant trois fleurs des champs « Philippe, je sens que tu souffres ; tiens, c’est pour toi ! »

   Fantastique Helga-tendresse ! Je commence à découvrir dans ce geste touchant la formidable – je pèse le mot – richesse de sa personnalité. Dans l’instant je fonds complètement, les larmes me montent aux yeux, la gratitude me submerge.

   Sa compassion vraie fait effondrer en bloc toutes mes préventions. Son attention, sa délicatesse, sa tendresse me touchent puissamment, remuent mes profondeurs. Mes grilles de compréhension sont chamboulées. Je commence à penser que non, la femme N’EST  PAS  un danger. Elle apporte quelque chose qui me manque. De fait, j’ai BESOIN d’elle, de même qu’elle a besoin de moi. Cela aussi se fait conviction puissante. Je prends conscience que je refuserai désormais toute perspective qui prétend me couper du contact féminin.

   Et le célibat sacerdotal alors ?

   Je reconnais que je ne sais pas à ce moment si les deux peuvent se conjuguer, pas plus que je ne sais la forme que peuvent prendre mes relations féminines. Je sais seulement qu’il n’est plus question de les interdire, et que c’est définitif.

   Et déjà se développe avec Helga une magnifique amitié. Elle va traverser les années, y apportant chaleur et douceur.

 

 

   Le gros de la crise semble passé, puisque la pénible décision de continuer dans mon état et mon rôle de prêtre a été prise, même si davantage subie qu’acceptée. Resterait donc la phase de remise sur pieds, la « convalescence ».

   En réalité l’atteinte est bien plus profonde, plus globale que ce dont je me rends compte alors. Je n’ai encore passé qu’un bras du fleuve. Un autre m’attend, tout aussi tumultueux, avec l’année sabbatique prévue au Québec.

 

Ce serait trop long à retracer ici. Cela fera matière d’un prochain article. . .

 

par Maree Montante publié dans : Vécu
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Vendredi 7 décembre 2007

   Après l’émerveillement de mes deux premiers séjours à Taizé (voir les articles « Percée : Taizé ‘1’ » et « Un soleil : Taizé ‘2’ »), je fréquente régulièrement le lieu et ce qui s’y déroule. Je vis là des choses fortes. Elles nourrissent en profondeur le contact avec le Divin que j’ai découvert lors de la grande expérience du parachutisme (voir l’article « La Rencontre »).  Ce sont vraiment des périodes de grâce, où je me sens comblé de multiples façons.

 

   Déjà par les trois offices de chaque journée. Je commence à vibrer avec la sonnerie des cinq cloches, qui se lancent à la volée pour inviter à s’y rassembler. Leurs sons pleins, battants, se mêlent et se dé-mêlent tour à tour par leurs rythmes différents, en une harmonie éclatante. J’y ressens l’appel à un rendez-vous, cela m’émeut.

   Les cérémonies elles-mêmes m’enchantent avec la puissante atmosphère de communion qu’elles dégagent. La foule des présents participe de façon décidée, tant aux prières qu’aux moments de silence méditatif. Surtout, cette foule chante. Avec entrain, à plusieurs voix, dans toutes les langues. J’en suis ravi, absolument. Ce chant atteint celui qui retentit dans mes profondeurs, entre en résonance avec lui, emplit tout mon être. Je commence à ressentir le souhait de devenir totalement chant, un chant conscient, vivant, qui se donne délibérément et en entier, un chant d’amour, d’émerveillement, de gratitude absolue. Je veux devenir un être vibrant de toutes ses fibres, émettant, diffusant cette vibration chaleureuse, mélodieuse, de lui-même à tout l’univers. . .

 

   Ensuite par les rencontres. Celles organisées au long de la journée, où les nationalités sont mélangées au maximum. Celles spontanées qui se font dans les temps libres et au repas.

   Les échanges ne roulent pas sur la météo du jour ; c’est la personne en tant que telle qui est questionnée. J’aime particulièrement une telle approche. Les amitiés que je noue là sont  bien davantage qu’une pure camaraderie de circonstance. Ainsi en est-il de celle avec Yvette et Eugène, ces permanents qui travaillent à l’accueil : pur bonheur que je retrouve à chaque venue.

 

   A plusieurs reprises, je prolonge la semaine de rencontres par une autre de retraite. Je profite alors de la maison réservée aux garçons, « Le Puits ». Le silence est absolument requis dans son enclos. Il y règne une sérénité paisible, tranquille, propice au recueillement voulu. Je savoure sa belle salle claire avec la grande cheminée de pierre ocre jaune garnie de chenets et d’une haute crémaillère où s’accroche une marmite épanouie de rondeur. Lorsque le soleil d’ouest vient poser ses rayons sur cet ensemble et l’illumine, l’atmosphère est magique d’intimité tendre, familière, rassurante.

J’aime aussi rester en méditation dans l’immense espace de l’église de la Réconciliation, quasi-désert lorsque les gens sont réunis dans leurs groupes d’échange. Un recueillement presque palpable imprègne le lieu. Je me sens vraiment chez moi, cela me nourrit avant même que j’aie commencé à me concentrer.

Un jour, j’y suis dans une de ces méditations quand mon esprit s’emplit soudain d’une pensée aussi nette qu’impérieuse, indiscutable : Il est plus important d’être que de faire !

Bon. . . D’accord. . . Et alors ? . . . ?

J’enregistre la déclaration de valeur, sans bien saisir à quoi elle mène concrètement. C’est une énigme qui se plante là dans ma tête et dans mon cœur, active. Elle va y mûrir longtemps, très longtemps, avant que je commence à percevoir ce qu’elle porte et entreprenne d’y correspondre : elle condense toute une philosophie de vie.

J’en parlerai peut-être plus tard. . .

 

 

par Maree Montante publié dans : Vécu
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Lundi 3 décembre 2007

« Mais tu peux demander à rencontrer le prieur ! » me dit Eugène. Sa femme et lui me reçoivent chaleureusement dans leur petit appartement, à Taizé. A peine en quelques jours de mon retour ici nous nous sommes connus et adoptés mutuellement ; nous avons l’impression de nous connaître depuis une éternité.

Je leur ai confié la forte impression que m’a faite frère Roger l’année précédente (voir l’article « Percée : Taizé ‘1’ du 8/10/07»). Je viens de leur dire aussi mon envie de le questionner sur son rôle de fondateur, témoignage qui me sera bien utile dans la polémique qui secoue ma propre congrégation sur cette même question.

 

Ainsi encouragé par Eugène, je vais exprimer ma demande à la réception. Comme m’en a averti mon ami, on fait évaluer celle-ci par un frère de la communauté. Son accueil, cordial, authentique, ne débouche cependant sur aucune proposition d’entrevue. Je suis à la fois déçu et bien conscient que frère Roger ne peut recevoir tous ceux qui en ont envie. . .

 

Lors d’un des offices du lendemain, je ne suis séparé de la communauté que par une ligne symbolique de rameaux de buis posés au sol. Les mouvements de la liturgie nous mettent un moment face à face frère Roger et moi, à environ 2 mètres de distance. L’assemblée entonne alors un hymne au Saint Esprit que j’aime particulièrement : tout mon être chante.

Et voici que nos regards se croisent. . .

J’en ressens une communion ineffable, vivante, vibrante, puissante, au-delà des mots. . .

Je reste ensuite le cœur battant pendant que la célébration se poursuit.

 

Le jour suivant, vendredi, je sais que frère Roger va rester dans l’église après l’office du soir, et nous parler. Je me faufile donc juste à côté de son tabouret, autour duquel nous sommes en masse.

En venant il salue chacun des présents au premier cercle. Arrivant à moi il s’exclame « Ah, vous êtes là ! Justement je voulais vous voir ! », et il me fixe rendez-vous chez lui dès le lendemain : ce qui n’avait pas été jugé opportun se réalise spontanément !

 

Lors de notre tête-à-tête, il me fait d’abord parler. Je lui raconte famille, études, grande rencontre du parachutisme (voir article « La rencontre » du 29/10/07), l’esprit ultra-conservateur de ma congrégation, l’explosion de mes conceptions l’an passé, en le découvrant lui. . . Je me sens écouté, reçu, accueilli.

Puis j’en viens à ce qui m’a poussé là : qu’attend-il de ses frères pour la communauté lorsqu’il ne sera plus là ?

Il est embarrassé, gêné ; il repousse ce qui lui semble un rôle excessif. J’admire son authentique simplicité, mais j’insiste car la question a une importance concrète pour moi. Il dit alors faire totalement confiance aux jeunes frères pour mener, dès à présent, les choses. « Vous savez, avant, je me levais, je donnais des bénédictions . . . On a supprimé tout ça ! » Et il rit. « De toute façon un jour je vais disparaître ; alors je commence à disparaître maintenant » conclut-il.

Je suis abasourdi, stupéfait, subjugué. Plus j’avance dans la connaissance de cet homme, plus je le découvre admirable, unique, magnifique. L’impression de Présence divine en lui, que j’ai eue dès l’an dernier, ne fait que se renforcer. Je ressens un tel degré de vérité, de simplicité, d’humanité chaleureuse et d’élan spirituel que je reste confondu, absolument conquis. Et en plus un autre aspect de lui me saute aux yeux : j’ai devant moi un homme de paix, un faiseur de paix. Il l’irradie littéralement.

 

Cette rencontre marque le début de toute une série de contacts étroits entre nous, dans une amitié profonde, à la fois humaine et spirituelle : il devient pour moi le père qui m’a manqué (le mien a été tué dans les combats de la libération, fin 44), un frère admiré dans la foi, un ami très cher, un contrepoids d’ouverture à l’ambiance fermée où je vis. . .

Sa transparence au Divin le fait resplendir et allume un vrai soleil dans ma vie. Pour longtemps.

par Maree Montante publié dans : Vécu
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Mardi 13 novembre 2007

Avec une douzaine d’autres religieux de divers instituts me voici dans cette magnifique villa des hauteurs proches de Rome. Nous allons y vivre une semaine de « dynamique de groupe ». Nous serons guidés par un Cubain, spécialiste des questions reliant spiritualité et psychologie. Sa qualité d’être fait que tout le monde se sent ami avec lui, et l’appelle familièrement « Fico », diminutif de son prénom, ainsi qu’il est coutume chez les Latino-Américains.

Hier soir, il a expliqué en introduction que ses dynamiques se fondent sur les principes des psychologues Rogers et Erikson, lesquels insistent sur la valeur de la personne humaine en tant que telle. Puis il nous a fait vivre de petits exercices mettant le doigt sur plusieurs constantes du fonctionnement spontané : difficulté à voir autrement un sujet, même quand de nouveaux éléments incitent à le faire. . .

Ce matin, en arrivant dans la salle, nous trouvons au centre un impressionnant tas de revues variées, une série de grandes feuilles colorées en carton léger, des ciseaux, des feutres, de la colle. Fico nous invite à choisir chacun une feuille cartonnée. Nous devrons répondre à « Comment me vois-je ? » et « Comment vois-je le groupe ? », en utilisant une face par question et le reste du matériel pour nous exprimer. Alors nous découpons, collons, colorions. . . Puis chacun, quand il se sent prêt, vient au centre présenter et commenter aux autres sa sorte d’affiche. Les spectateurs sont autorisés à exprimer leur ressenti seulement après sa présentation. Ainsi se passe le reste de notre séjour.

 

Difficile – et il n’y a pas lieu – de raconter en détails le vécu de la session.

C’est en tout cas une ouverture et un enrichissement énormes car nous constatons tous que la relation à l’autre est cet « investissement risqué », comme dit notre animateur, où il faut commencer par s’ouvrir et se donner soi-même. Nous constatons surtout que ce risque vaut la peine d’être pris, car il débouche la plupart du temps sur le contact plein de richesse dont il est la clé. Nous constatons encore la beauté de chaque personne, quelle que soit son apparence de premier abord.

Au moment de présenter son affiche, chacun ressent l’écoute et l’accueil actif  du groupe tout entier, même et sans doute surtout lorsqu’il confie quelque chose de difficile à dire pour lui.

Etonnés et ravis, les hommes découvrent la force des femmes ; les femmes découvrent la sensibilité des hommes. « Je n’aurais jamais cru qu’un homme puisse pleurer ! » s’exclame l’une d’elles, admirative.

Bref, parce que nous sommes incités à dépasser nos propres routines et celles des autres, parce que nous osons prendre le risque de nous livrer un peu, nous découvrons la densité chaleureuse des contacts en profondeur. L’attitude personnelle de Fico nous aide beaucoup en cela, tant il se confirme sous nos yeux qu’il se donne, qu’il s’engage vraiment dans ses rapports aux autres. C’est bien ce qui nous a attirés vers sa dynamique.

Lui et son assistant ajoutent leurs propres commentaires, dans la mesure où cela peut être exprimé publiquement. Tous, après l’exposition de notre affiche, nous allons le retrouver pour qu’il nous donne en particulier les remarques plus personnelles.

L’ayant fait pour moi, il me prend dans ses bras avec cet abrazo chaleureux des Latino-Américains, tel qu’il l’avait fait lors de notre première rencontre.

Cela n’étant pas ordinaire dans ma culture, je me sens comme cette fois-là en même temps heureux et un peu sur mes gardes par rapport à la signification d’une telle effusion. Percevant probablement ma retenue, il me demande s’il me gêne ainsi. J’examine alors mon ressenti profond, n’y trouve rien de trouble, rien de douteux, et au contraire beaucoup de joie. Alors j’abaisse mes défenses, j’ouvre mes portes et me donne en totalité dans cet embrassement, qui n’est plus que complicité joyeuse, confiante, lumineuse, vivante, dans la paix.

De ce jour je ne cesserai d’observer que mes relations aux autres ne sont plus les mêmes.

Là est le plus grand acquis de la dynamique, cette libération, cette réhabilitation de l’affectif et de son expression : je suis devenu un peu plus humain ! Et la suite me fera constater que cela m’a fait avancer spirituellement aussi. . .

 

Un verrou a sauté. Si cela m’apporte énormément, cela me pose aussi toute une série de questions brûlantes auxquelles les années ultérieures vont m’obliger à m’affronter. Mais ce sera là le sujet d’autres articles. . .

par Maree Montante publié dans : Vécu
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Jeudi 8 novembre 2007

Dans ce train qui m’emporte, j’ai la tête et le cœur pleins des événements des jours précédents. Car depuis plus d’un an j’entends parler d’un certain Taizé, d’une communauté œcuménique qui y vit et surtout d’un certain « concile des jeunes » qui se prépare là-bas, focalisant bien des attentes.

Alors je viens d’y aller voir.

Arrivé sans aucune préparation, le nez au vent, j’ai eu l’énorme chance d’être guidé par un groupe parisien, de trouver logement à peu de distance avec un « touriste » dans mon genre, motorisé, qui a proposé de faire covoiturage avec moi. Tout s’est résolu en un rien de temps.

En fait, j’étais très partagé. Curieux d’une part, et vraiment intéressé après les commentaires enthousiastes qu’on m’en avait faits. Un peu sur mes gardes aussi, préoccupé de ce que me réservait cette communauté protestante, à moi catholique.

 

J’ai découvert une foule de gens, des jeunes en large majorité, parlant un peu toutes les langues, vivant dans une décontraction, une bonne humeur générale, malgré l’absence apparente d’autorité. Comparée au milieu religieux où je vis à l’époque, cette non-existence de structure forte m’étonne beaucoup, surtout par le résultat de bon déroulement d’ensemble.

Puis j’ai découvert une grande église, bondée lors des offices, où l’on se serre, directement assis ou agenouillé sur la moquette rase. Et là, tous prient, tous chantent, tous observent les moments de silence : quelle ambiance !

J’ai constaté aussi chez beaucoup une référence fréquente à un certain frère Roger. Il serait le responsable de la communauté et, visiblement, un personnage emblématique. . .

Le second et dernier soir de mon séjour, depuis le fond où je suis tassé, j’ai vu l’un des religieux en aube blanche rester dans la nef après la cérémonie. C’était le fameux frère Roger, homme d’âge mûr. Assis sur un petit tabouret en avant du chœur, entouré par les jeunes présents, il a pris un micro et s’est mis à parler. Malgré la distance où j’étais de lui, je me suis très vite senti touché, en résonance. Son discours était simple, familier, causerie amicale et non harangue. Aucune emphase chez cet homme, et pourtant je sentais ses paroles pleines, habitées, consistantes, nourrissantes. Il exprimait son attention concrète aux conditions matérielles faites à ceux qui étaient là : nourriture, couvertures. . . Au-delà de l’évidente simplicité du propos, j’ai ressenti une sollicitude affectueuse authentique : j’ai perçu un homme qui est vrai.

Interrogé à propos des jeunes et de lui-même, il a répondu sans détour : « Je vous souhaite de vieillir, car l’âge apporte la sagesse. Pour moi, je souhaite continuer à avoir de courage de prendre des risques dans l’Eglise ».

J’ai oublié le reste. Il a parlé longtemps. Il pouvait bien parler des heures, je remarquais seulement en moi le même effet de joie sacrée, émerveillée, que lors de ma grande expérience du parachutisme (voir l’article « La Rencontre », du 29/10/2007). J’étais conquis par lui, par ses propos, par son ton. Touché aux profondeurs, je ressentais la présence du Divin en lui. C’était évident. Après avoir rencontré Dieu, j’étais conscient de reconnaître Sa présence, comme un familier aimé dont la voix, le pas, un simple raclement de gorge sont tout de suite identifiés avec clarté, provoquant la joie : « Il est là ! »

 

Tout ce vécu bouillonne en moi, pendant que le train roule et que je suis plongé dans les reportages sur Taizé, achetés avant de quitter le lieu. Les interviews de frère Roger me sidèrent par son insistance sur l’Eglise, l’Eglise, l’Eglise ! Quelle perplexité pour moi ! A quoi se réfère-t-il donc ?  Il est protestant, moi catholique ; lorsque nous disons « Eglise », nous n’évoquons a priori pas la même réalité. Pour moi il s’agit de la communauté catholique romaine, et rien d’autre – ma congrégation est particulièrement combative sur le sujet. Or il ne fait pas partie de cette communion-là. Et pourtant il y a cette évidence forte du Divin vivant en lui.

Alors ? . . . ?

Alors je me perds dans ces paradoxes, incapable de les résoudre. . .

Puis me vient l’idée que si Dieu est dans l’Eglise – la mienne bien sûr – on peut autant dire que là où est Dieu, là est l’Eglise !

Et voici que la baudruche de contradiction se dégonfle d’un coup, laissant soudain naître une certitude nouvelle : l’Eglise est bien plus vaste que ce qu’on m’a habitué à penser ! Nous sommes frères dans la foi, frères ! !

Un volcan de joie me saute dans le cœur, une exultation lumineuse, victorieuse, une poussée irrépressible : frères, nous sommes frères ! Les cinq cloches de Taizé sonnent à la volée en moi, carillon jubilatoire, toutes les cloches du monde en fait . . .

En contrepoint immédiat au bonheur jailli, surgit, indissociable, une souffrance : frères, oui, mais séparés en confessions diverses ! Nous découvrir frères rend aussitôt la séparation inacceptable, intolérable, abjecte. Je trouve la douleur au cœur de la joie. . .

 

Voilà le résultat du contact initial : une brèche béante dans la conception étriquée de religion qui m’a été inculquée jusque-là. Pour la première fois, je constate que le Divin  n’est pas enfermé dans le périmètre balisé, et Il m’en fait sortir. Je reste certes, encore pour quelques années, dans le territoire élargi des religions chrétiennes. C’est une étape. D’autres crues du torrent de Vie monteront plus tard, m’emportant à nouveau cul par-dessus tête, loin des rives tranquilles où je croyais pouvoir édifier une demeure au calme ! Car rien n’arrête le Divin, et en tout cas aucune limite fixée par les hommes, fussent-ils ses familiers.

Mais cela, je le raconterai dans quelques temps.

 

Conséquence encore de l’explosion intérieure, je sais que ce passage à Taizé ne sera pas unique : je reviendrai dès que possible ! (Voir l’article ultérieur «Un soleil : Taizé ‘2’ »).

 

 

par Maree Montante publié dans : Vécu
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Dimanche 4 novembre 2007

     La grande expérience du parachutisme (voir article « La Rencontre », du 29/10/07) m’a entre autres conduit à entrer dans la vie religieuse. A la période où j’y suis étudiant, mes camarades et moi sommes entrés en relation avec les « Focolari ». Ce mouvement né en Italie a eu la bonne intuition de faire lien entre plusieurs notions-clés du christianisme et des attitudes psychologiques positives. Ainsi la valorisation de toute personne et du contact avec elle (où s’actualise une présence du Christ) ; ainsi l’oubli de soi pour accueillir l’autre sans interférence (comme la vacuité intérieure de Marie lui permet l’accueil du St Esprit et de son œuvre en elle). Et surtout, nouveauté dans l’Eglise d’alors, ils ne se contentent pas d’en énoncer les principes, ils encouragent énormément la mise en œuvre des attitudes, avec le partage des expériences ainsi vécues.

Leur influence apporte un grand courant d’air frais à notre communauté, dynamisant la fraternité qui y existe déjà. Pour moi, leur apport est marquant à travers ce qui peut sembler un détail prosaïque.

Un jour, après un texte qui nous est lu, j’exprime un ressenti. Un des camarades à qui je m’adresse manifeste, lui, une impression très éloignée, presque contraire.

Déstabilisé, je me sens choqué, dérangé, incommodé tant par sa position que par ses arguments et son raisonnement. Ils me paraissent dénués de sens, affreux pour tout dire.

Dans un cas pareil, ma façon d’être d’alors fait qu’ordinairement je romps le contact,  me referme en moi. Là, je saisis que je suis à un moment de réelle décision, que c’est occasion bien concrète de vivre les fameuses attitudes positives des Focolari. Alors je m’oblige à poursuivre la relation, à accueillir intérieurement ce frère, avec son opinion, ses raisons, son cheminement de pensée.

Je suis pourtant dans un écœurement total de tout cela ; j’ai l’impression d’avaler du vomi ! Un réel vécu de mort. . . Je maintiens cependant le cap.

Un certain bien-fondé se dégage alors à mes yeux dans ce que je trouvais exécrable. Je comprends la part de vérité qu’exprime mon vis-à-vis. Me poussant à mener au bout cette logique, je m’oblige à reconnaître devant les autres la pertinence de ce que je viens d’admettre.

 

C’est tout semble-t-il. Episode plat d’une vie ordinaire. . .

 

En fait, les jours suivants, je note en moi une dynamique nouvelle, un rapport différent à mon environnement, un surplus de vie, un authentique mûrissement.

Dans mon existence ce « détail » est une des grandes charnières, un des accès à d’autres niveaux. Il y a un « avant » et un « après » cela, à la fois pour ma capacité de relation aux autres et pour mon vécu du Divin, les deux étant liés d’ailleurs.

par Maree Montante publié dans : Vécu
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Lundi 29 octobre 2007

Malgré le soleil, j’ai la tête basse et le cœur serré. Un peu machinalement, je suis mes camarades de fac dans cette église près du petit terrain d’aviation où nous sommes venus pratiquer notre passion : le parachutisme. Nous sommes dimanche, mais je ne me sens pas à la fête : hier j’ai craqué, j’ai refusé de sauter.

Il faut dire que j’ai découvert ce sport à travers la « prépa » militaire, destinée en principe à m’obtenir le sursis dont j’avais besoin pour mes études : à l’époque, il y a un service militaire obligatoire.
J’ai donc attrapé le virus du saut. Avec une grosse frayeur chaque fois que, juste avant l’ouverture du « pépin », je me sens tomber. J’ai quand même fait 5 sauts ainsi : enthousiasme et peur mélangés. Une grosse année a passé ensuite sans que j’approche un parachute. Puis, avec des camarades, je suis venu ici à Pâques et j’ai resauté 6 fois encore. Mais bon sang que cela a été dur. Ma peur était comme décuplée, surtout au saut de reprise. Alors, j’étais vraiment anxieux de ce qui m’attendait en revenant ce mois d’août. Manque de chance, l’avion parti en révision, il a fallu attendre 3 jours pleins. Terrible côté peur. Elle en a profité pour gonfler, nouer le ventre, bloquer l’appétit, empêcher le sommeil, court-circuiter les énergies : je suis vert.
Comble de déveine, le vent s’est levé fort lorsque les sauts ont repris. Dans ces conditions, le chef du centre m’a déclaré trop inexpérimenté. Déçu mais soulagé, je suis resté à regarder les autres sauter. Quels gadins ils prenaient à l’atterrissage ! Et voilà que le chef m’a crié « Hanrion, je vous ai mis dans le groupe 5 ! »
J’ai cru tomber par terre. . . C’était un énorme coup de poing qui me prenait sans défense et me « sonnait ». J’ai failli vomir le peu avalé à midi. Alors j’ai craqué, j’ai dit qu’il y avait trop de vent, que je ne sauterais pas. Le responsable a beuglé pour la forme, mais n’a pas insisté.
Je sais bien que tout est fini si je ne dépasse pas ce blocage, mais hier je ne pouvais simplement pas.
 
Dans la nef où nous sommes j’ai en face un grand vitrail, image de Christ ressuscité. Alors, à ce Jésus, je fais la plus authentique prière de ma vie, la plus vraie, celle du dernier recours, du fond de ma panique. « Toi qui sais, Tu vois le combat qu’il faut mener contre moi-même, chaque fois ; Tu sais que j'en arrive au dégoût, que si je pars sur cet échec, je ne reviendrai pas. Tu sais pourtant aussi que j'aime le parachutisme, que j'ai envie de continuer à sauter. Aide-moi ! Enlève cette peur qui me paralyse ! . . . Diminue-la au moins, que je puisse la dépasser ! »
 
Et voici : d’un seul coup, tout bascule.
Une immense paix dissout subitement ma frayeur.
Mieux qu'une simple absence de crainte, c'est radiant, c'est expansion, c'est plénitude débordante !
Les mots manquent pour dire . . .
 
Puis mon mental angoissé fait le rabat-joie, me replonge dans la peur « Maintenant ça va, mais au moment du saut ? ». Au déjeuner, mon estomac reste bloqué. Je fais quand même l’effort de m’inscrire pour les sauts d’après-midi : il faut en finir. Le chef m’inclut dans un groupe, en aboyant qu'il n'a pas besoin de petits rigolos qui foutent le bordel. Pas fiérot, je réponds que je ferai mon possible.
Parachutes sur l'épaule, je vais au point d'embarquement. L'avion a déjà commencé ses rotations.
Alors survient un habitué des sauts en week-end, un marrant qui passe son temps à plaisanter et rigoler. Quand j'ai peur, ce genre de personnage me crispe encore davantage. Je n'arrive pas à avaler qu'on puisse prendre en rigolade ce qui me liquéfie ! Pourtant, cette fois, il me fait rire en jouant les pirates d’opérette. J’oublie la peur, mais le mental réattaque : « maintenant ça va, mais après ? »
L'avion se pose ; nous y montons. Surprise, je suis placé à côté du pilote, seul avec lui à ne pas être tourné vers le terrible vide de la portière béante. Ce sera l'unique de mes soixante-dix sauts où j'ai cette position. Coïncidence ? Chose calculée, voulue par le chef de centre ? Je ne saurai jamais. C'est un fait. Je suis là.
Alors je profite de l’aubaine pendant l’ascension, me disant que je fais une simple balade en l’air : j’essaie de m’accrocher à des pensées rassurantes.
Et voilà que le pilote – je le connais, sans plus – se met à me raconter des histoires sans queue ni tête : il s'embête à faire le taxi, alors il va installer un petit orgue dans l'habitacle pour se jouer du Bach !
Cela n'a pas de sens, mais cela me distrait.
Nous atteignons enfin le point de largage ; les sauts embrayent. De façon automatique, je suis le mouvement amorcé par les autres. Je saute et, pour la première fois, je n'ai pas peur ! Absolument pas peur !
 
Une fois arrivé à terre, je suis un peu étourdi.
Sous des apparences très communes, quelque chose de peu commun s'est passé. Toute une série d’éléments ordinaires et concrets se sont cumulés, enchaînés les uns aux autres de façon continue, pour produire quand il fallait l'effet dont j'avais désespérément besoin, que j'avais demandé dans ma prière du dernier recours.
Je vois alors évident que cet effacement de ma panique a été promis, anticipé par l'instant de paix formidable vécu le matin. Ce vécu tout intérieur est le seul élément sortant de l'habituel. Pas de visions, pas de « voix », pas de faits inexplicables ou miraculeux. Et pourtant ! !
Il s'impose de façon irréfutable à mon esprit que j'ai été entendu, accueilli, exaucé!
Et dans mon cœur chaviré jaillit un CHANT ! De victoire, d’exultation, de gratitude, de joie. . .
 
Bouleversé, chamboulé, désorienté dans ma compréhension des réalités, j'entre dans une phase de digestion-remue-ménage intérieur où choses et significations se déplacent en moi. Je n'en souffle mot car je n'ai pas l'habitude de me confier, car plus rien ne me semble fixe et je ne m'y retrouve pas.
Cependant, du chaos créé par ce séisme positif, émergent de plus en plus de points forts au fil des jours suivants. Je prends d'abord conscience, ahuri, que Dieu n'est pas quelque chose de flou, perdu loin dans un « ciel » et sans guère de contact avec nous. Je le ressens puissamment proche, puissamment présent dans MA vie, puissamment attentif à MOI, qui m'écoute MOI et m'exauce MOI.
En fait, qui M'AIME MOI ! !
 
Rien de commun voyez-vous entre croire de façon vague, générale « Dieu nous aime », et me sentir aimé tout personnellement ! ! Cela me suffoque, m'abasourdit autant que cela m'enchante, me captive, me conquiert . . .       . . .
Je découvre une relation VIVANTE de Lui à moi et de moi à Lui !
Je réalise être cible d'une Présence, d'une attention amoureuse intense. Cela devient une réalité au point que je ne dis bientôt plus « je crois », mais « je SAIS ! ».
 
Je continue bien sûr à sauter. Sans panique désormais. Et s’il lui arrive de remontrer le nez, elle ne domine plus. C'est moi maintenant qui maîtrise, et ça change tout. Vaincue d'avance, la peur n'a plus de prise réelle.
Le moment auparavant épouvanté d'être à la porte, au bord du vide, se vit à présent comme plaisir, comme jouissance d'une décision qui m'appartient désormais en plein : « je saute ! ».
Le mental ne renonce pourtant pas à son rôle détracteur. Dans les jours qui suivent, mon ego me souffle qu'en fait je n'ai rien vaincu, puisque cela m'a été donné. Mon mérite n'a pas avancé d'un millimètre. Il aurait même plutôt reculé : « on » a fait les choses à ma place, cela n'a pas de valeur, je reste nul.
Je me sens incommodé quelques temps dans cet état, puis je franchis le rideau de fumée : oui c'est Lui qui l'a réalisé, mais précisément, là est le fantastique, c'est SON œuvre, Son œuvre en moi, et c'est merveille, merveille, merveille ! !
J'en sors encore plus conscient de la grâce reçue. Une gratitude immense m'emplit, déborde de mon cœur. . .
 
Je pourrais écrire des pages sur cet événement de ma vie. Il est central. C'est la charnière où tout bascule.
J'ai fait une Rencontre, celle du Divin, et je suis tombé amoureux de Lui.
Voilà.
Tout est nouveau, tout commence.
Le reste de mon existence va être court pour parvenir à faire naître effectivement l'ensemble de ce dont ce vécu est gros, pour tout comprendre, pour tout essayer de vivre ! Désormais j’ai faim et soif de ÇA, même 40 ans plus tard.
 
 
par Maree Montante publié dans : Vécu
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Lundi 22 octobre 2007
Un été, je ne sais plus exactement lequel, je demande à un oncle de travailler avec lui. Dans l'Aisne où il réside, il fait des travaux de terrassement pour les particuliers.
Et voici ce qui arrive :
 
Accompagner mon oncle permet à la nature de m'offrir un magnifique cadeau.
Après la collation de midi, je me trouve un jour protégé de la chaleur à l'ombre d'un groupe d'arbres, en bordure d'un champ de blé déjà doré. Mon oncle est parti chercher un outil qui lui fait défaut. Je reste là à l'attendre, à moitié assoupi.
Soudain, un crépitement sec dans le champ d'à côté me fait dresser l'oreille.
Le feu dans le blé !
D'un seul coup en éveil, mes sens sont en alerte pour voir d'où vient ce feu, quelle est son importance.
Mais rien. Aucune fumée, aucune flamme.
Ce crépitement net, je l'entends bien pourtant, et dans le champ entier !
Un moment interdit, je comprends tout soudain : il n'y a aucun feu ; c'est le blé qui est mûr, parfaitement à point ! La balle desséchée commence à craquer pour libérer le grain, d'où le crépitement.
Une émotion m’étreint, joie et admiration après le coup de peur : la Terre me fait témoin d'une de ses merveilles. Ce blé qui parvient à maturité totale, au même instant, d'un bout à l'autre de la parcelle, et qui le chante ! Quelle puissance de symbole ! Quel privilège d'y assister ! Je ressens l'épisode comme un joyau précieux, un présent délicat, raffiné, de grand prix.
Je m'en trouve plein de reconnaissance envers cette nature qui me distingue ainsi, et délivre à la fois un « signe des temps » clair : au soir même du jour, le champ est moissonné.
 
En l'évoquant, je ressens encore l'émotion émerveillée de cet instant, et je me demande : les craquements actuels de notre monde, si effrayants, ne seraient-ils pas en fait ceux de la maturité d'un univers nouveau en train de se libérer de sa gangue ?
A chacun de donner son interprétation. Pour moi, la réponse est nette, elle est même Lumière, et c'est bien pour cela que je pose la question, à temps et à contretemps . . .
  
par Philippe Hanrion-Monnier publié dans : Vécu
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